Mélanger plusieurs produits phytopharmaceutiques (PPP) dans une même bouillie peut optimiser un traitement, à condition de respecter quelques règles. Voici les points essentiels à connaître pour réaliser un mélange extemporané en toute sécurité.
En Belgique, il n’existe pas de réglementation spécifique concernant les mélanges extemporanés (= non préparés d’avance) de produits phytopharmaceutiques (PPP). Ces mélanges peuvent présenter plusieurs avantages, par exemple :
- cibler plusieurs organismes nuisibles simultanément,
- mettre en place une stratégie anti-résistance,
- optimiser l’efficacité des traitements.
Cependant, certaines associations de produits peuvent entraîner des effets indésirables :
- réactions physico-chimiques (ex. floculation),
- synergisme pouvant accroître l’agressivité du traitement,
- antagonisme réduisant l’efficacité ou la sélectivité sur la cible,
- phytotoxicité pour la culture,
- risques accrus pour la santé humaine ou l’environnement.
Lors de la réalisation d’un mélange extemporané, deux aspects principaux doivent être pris en compte.
S'informer sur la compatibilité des produits
Sur Phytoweb, lorsque l’étiquette d’un PPP prévoit explicitement une utilisation en mélange avec d’autres produits ou avec des adjuvants, ces combinaisons ont déjà fait l’objet d’une évaluation concernant :
- la performance du traitement,
- l’ampleur des effets nocifs potentiels sur la culture.
Dans ce cas, les recommandations de l’étiquette peuvent être suivies sans précaution supplémentaire.
En revanche, toutes les combinaisons possibles ne sont pas renseignées. Lorsqu’aucune information n’est disponible, il est recommandé de se référer aux recommandations des centres pilotes ou des firmes, en tenant compte de la culture concernée.
Les précautions lors de nouveaux mélanges
Lorsqu’un mélange n’est pas explicitement recommandé, Il est fortement déconseillé de mélanger des produits toxiques (pictogramme tête de mort) ou comportant des mentions de danger (phrases H). Dans certains pays, comme la France, ce type de mélange est même interdit.
Respecter l’ordre d’incorporation
Lors de la préparation de la bouillie, l’ordre d’introduction des produits dans la cuve est important. Selon les recommandations techniques, l’ordre suivant est généralement conseillé :
- Produits agissant sur la qualité de l’eau
- Produits particuliers : quantités < 100 g, sacs hydrosolubles
- Formulations solides, granulés : WG, WP
- Formulations liquides :
- Suspensions concentrées : SC
- Suspo-émulsions : SE
- Émulsions dans l’eau : EW
- Concentrés émulsionnables : EC
- Liquides solubles : SL
- Adjuvants : huiles, mouillants
- Correcteurs de carence : Mg, Mn, Cu...
- Engrais

Veillez également à les incorporer pendant le remplissage en eau de la cuve, avec un volume d’eau initial suffisant (à 50% ou 75% avant d’ajouter les produits, puis compléter au volume d'eau final nécessaire).
Tester la compatibilité physique
Avant de réaliser un mélange inédit, vous pouvez faire un test au seau d'eau (en portant vos EPI) :
1. Mettre une petite quantité d’eau dans un seau.
2. Ajouter les produits dans l’ordre d’incorporation et aux doses recommandées.
3. Mélanger et observer.
Si l’on observe des grumeaux, une mousse excessive ou un changement de couleur, le mélange peut être incompatible et ne devrait pas être utilisé.
Il est également recommandé de tester le mélange sur une petite zone de la culture afin de détecter d’éventuels problèmes de phytotoxicité ou de manque d’efficacité.
Bonnes pratiques de pulvérisation
Pour optimiser un traitement, les paramètres de pulvérisation doivent être adaptés à la cible (notamment la taille des gouttes).
Lorsqu’un mélange vise plusieurs cibles, les paramètres optimaux peuvent parfois être différents. Il convient alors d’adapter les conditions d’application en conséquence. Par exemple, un insecticide de contact atteindra ses cibles avec de fines gouttes diffuses, tandis qu’un herbicide racinaire nécessite de grosses gouttes lourdes pour atteindre le sol.
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