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Gestion des espèces résistantes aux produits phytopharmaceutiques

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Depuis les années 60, le nombre d’espèces nuisibles devenues résistantes aux PPP ne cesse de s’accroitre. Près de 600 espèces d’insectes différents, 270 espèces de champignons et 260 espèces d’adventices dans le monde ont été répertoriées comme résistantes à une ou plusieurs substances actives de PPP (325 insecticides, 273 fongicides, 167 herbicides). Les démarches pour l’approbation ou le renouvellement des substances actives en Europe étant parmi les plus strictes au monde, la diversité des modes d’action des molécules diminue, favorisant ainsi l’apparition de résistance envers les substances actives restantes.  

Agir pour empêcher l’apparition de résistances est essentiel afin de maintenir l’efficacité des méthodes de lutte disponibles, de manière compatible avec les principes de la lutte intégrée.

Gestion des insectes ravageurs résistants

Plusieurs leviers d’action permettent de limiter l’apparition de résistances chez les insectes :

  • Réduire la pression de sélection sur les nuisibles en créant une zone dite « refuge » dans laquelle aucun traitement ne sera effectué. Au sein de cette zone, des individus subissant une moindre pression de sélection pourront se reproduire, éventuellement avec des individus ayant développé un gène de résistance, et ainsi réduire l’expression de ce gène dans la population d’insectes.
  • Privilégier le développement de la faune auxiliaire pour lutter contre certains ravageurs sans utiliser de PPP.
  • Limiter au maximum le recours à des produits ayant un large spectre d’action, capables d’anéantir les populations d’insectes bénéfiques installés.
  • Si le recours à l’usage d’un PPP est nécessaire, respecter le seuil économique d’intervention pour éviter les traitements non nécessaires ou à des moments inopportuns. Ce seuil étant souvent difficile à identifier, des centres de recherches tel que le CRA-W ou les centres pilotes diffusent des avertissements lorsque le développement d’un nuisible est tel qu’il est nécessaire d’effectuer un traitement.
  • Utiliser, si possible, des insecticides ayant des modes d’action (MoA) différents à l’apparition de chaque génération afin de permettre de limiter l’apparition de nouvelles résistances. Le MoA de chaque substance active insecticide (indiquée sur l’étiquette du produit) est renseigné par l’IRAC (Insecticide Resistance Action Commitee).

Gestion des champignons pathogènes résistants

Dans le cadre de la gestion des maladies fongiques, la disparition des substances actives avec un mode d’action multi-site comme le mancozèbe a accéléré l’apparition de champignons résistants. Cependant, il existe des méthodes permettant de lutter efficacement contre une maladie cryptogamique sans accélérer l’apparition de résistances.

Trois stratégies peuvent être mises en place :

  • Réduire la taille de l’inoculum (taille de la population) via des techniques alternatives.
  • Réduire la pression de sélection en utilisant la plus petite dose autorisée du produit utilisé.
  • Privilégier et alterner les substances ayant des faibles risques d’apparition de résistances (résistances croisées).

Le schéma ci-dessous classe les différents MoA par niveau de risque d’apparition de résistance, conformément à la classification du FRAC (Fungicide Resistance Action Commitee). Pour chaque niveau de risque, quelques exemples de substances actives fongicides vous sont donnés.

Le FRAC publie également sur son site internet (https://www.frac.info/) des informations et recommandations relatives aux espèces résistantes aux fongicides. Voici quelques exemples :

  • cymoxanil, autorisé en Belgique en culture de pommes de terre par exemple, le risque d’apparition d’individus résistants a été caractérisé comme « faible à moyen ». Il est recommandé d’utiliser cette substance de manière préventive, en mélange avec un autre fongicide, et de limiter le nombre d’applications au minimum recommandé.
  • Pour les produits à base de fludioxonil, autorisé en Belgique pour lutter contre la pourriture grise par exemple ( Botrytis spp.), le risque d’apparition de résistances a été caractérisé comme « faible à moyen ». Dans le cas où le pathogène se développe sur une culture viticole ou maraichère, le FRAC recommande de limiter le nombre de pulvérisations. Dans le cas de cultures ornementales, il est recommandé d’utiliser un produit préventif, en alternance avec un fongicide d’un autre groupe (MoA différent) efficace contre Botrytis spp., et de limiter le nombre d’applications à :
    • 1 si le nombre d’applications maximum recommandé est compris entre 1 et 3 ;
    • 1/3 du nombre d’applications recommandé si celui-ci est compris entre 4 et 11 ;
    • 4 applications si le nombre recommandé est compris entre 12 et 20 ;
    • 1/5 du nombre d’applications recommandé si celui-ci est supérieur à 20.
  • Pour les substances cyazofamide et amisulbrom, autorisées en Belgique pour lutter contre le mildiou, le risque d’apparition de résistances a été caractérisé comme « moyen à élevé ».

Gestion des adventices résistantes

L’un des défis de l’agriculture actuelle est de gérer au mieux l’apparition des résistances au sein des populations d’adventices (notamment chez les graminées jouets-du-vent et vulpins des champs).

  • Pour cela, combiner les moyens de lutte mécanique comme le  désherbinage, avec les moyens de lutte chimique, est indispensable.
  • Également, alterner les modes d’action lors de l’utilisation de produits : le classement des herbicides selon leur MoA est repris sur le site du Herbicide Resistance Action Commitee (HRAC).
  • Enfin, l’usage de produits herbicides peut être évité, au moins partiellement, grâce à certaines pratiques alternatives : 
    • Les couverts végétaux ont de nombreux avantages, dont leur compétition avec les adventices. Un couvert bien conçu empêchera en partie le développement des végétaux indésirés. Plus d’information sur les couverts ici : https://www.greenotec.be/pages/c-est-pratique/optimiser-ses-intercultures/cultivons-les-couverts.html
    • La rotation des cultures : certaines adventices se développent mieux au sein de cultures précises. En alternant les cultures efficacement, c’est-à-dire en évitant de semer successivement des plantes vulnérables aux mêmes adventices, il est possible de limiter la prolifération de ces plantes indésirées.
    • Le travail du sol : le faux-semis ou le binage sont des techniques combinables de désherbage permettant de lutter contre la flore adventice.

Les méthodes de lutte mécanique ont l’avantage de ne pas perdre en efficacité, les adventices ne développant pas de « résistances » à l’encontre de ces méthodes. Ainsi, soit la méthode est efficace contre une espèce donnée d’adventice, soit elle ne l’est pas. Pour éliminer un maximum d’adventices, il est nécessaire de les identifier au sein de la parcelle et de sélectionner les méthodes de lutte les plus efficaces. Combiner différents travaux de désherbage mécanique permettra d’élargir le spectre des adventices éliminées.


L’amélioration des techniques de séquençage, l’utilisation de modèles prévisionnels et l’identification de mécanismes de résistances permettent de mieux anticiper l’apparition des adventices.

La mise en place d’alternatives non chimiques dans le contexte de la lutte intégrée permettra également de freiner l’apparition d’espèces résistantes.

Enfin, l’utilisation des PPP selon les bonnes pratiques phytosanitaires (doses inscrites sur l’étiquette, nombre d’applications, délai entre les pulvérisations) est essentielle dans cette démarche. Il est primordial d’alterner au maximum les produits aux MoA différents.

Pour vous aider, une mention spécifique inscrite sur l’étiquette des produits vous indique le mode d’action de la (les) substance(s) active(s) qu’il contient. Il s’agit de la mention SPa1.

Retrouvez également les documents permettant de connaitre les modes d’actions (MoA) des substances actives que vous utilisez dans notre boite à outils.